Réformer le collège est essentiel !

Ecouter Patrick Figeac ici :                                           Lire sur son blog ici : éduquation 

      Il n’y a pas une réforme du collège mais deux projets. Le premier prévoit de donner davantage d’autonomie aux établissements pour organiser jusqu’à 20% de l’emploi du temps le travail en équipe ou les pratiques interdisciplinaires. Le second est une réécriture des programmes, mais, le débat s’est vite focalisé sur les classes bilangues , les langues anciennes alors que cette réforme pose une question centrale.

Comment faire bénéficier le plus grand nombre d’élèves de dispositifs qui, jusqu’à présent, étaient réservés à une minorité? Plus généralement, faut-il redonner à tous une chance d’éviter l’échec sans enlever aux meilleurs les ressources nécessaires à leur succès?

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Langues anciennes, élitisme et renouveau pédagogique

À écouter ici  ♪:

   Langues anciennes, élitisme et renouveau pédagogique

     Plusieurs études sociologiques ont montré que les options, plus particulièrement les langues anciennes, participent à la ségrégation scolaire dans les collèges. Les élèves appartenant aux milieux favorisés choisissent souvent le latin ou l’allemand par exemple. Les enseignants de ces disciplines ne sont évidemment pas responsables de cette situation, mais, sur le marché scolaire ces stratégies fonctionnent et permettent de regrouper les meilleurs élèves dans des classes d’excellence ..
Faut-il alors supprimer ces options pour voir disparaître du même coup la ségrégation scolaire ? Sûrement pas !

       Comment alors les établissements vont-ils utiliser leur nouvelle autonomie pour valoriser ces enseignements dans un cadre plus général puisqu’ils ne sont plus optionnels mais figureront désormais dans le champ « langues et cultures de l’antiquité » ? Notons que les professeurs de ces disciplines sont ceux qui mettent souvent en oeuvre les nouvelles méthodes pédagogiques prônées par le Ministère.
Plus innovants, plus inventifs ils jouaient parfois un rôle moteur auprés de leurs collègues. Il ne faudrait pas que la réforme du collège brise cet élan !

Le bac est-il condamné ?

       En deux ou trois décennies, le bac est devenu un des objets cultes du folklore national. Son organisation d’abord : opération annuelle à grande échelle, mise au point de sujets nationaux entourés d’un secret bien gardé, chasse aux « fuites », à la fraude. Accompagnement télévisuel ensuite, reportages d’envoyés spéciaux, conseils en tout genre aux candidats, en matière d’alimentation, de pharmacopée, interventions « d’experts », corrigés des épreuves par quelque philosophe ou académicien patenté, comparaisons en pourcentage sur les « crus » des dernières années. Et enfin, scènes de liesse populaire à l’affichage des résultats !!

     Reconnaissons qu’aujourd’hui le bac ne qualifie à rien, à l’exception des bacs professionnels, mais en être privé disqualifie pour presque tout. Lire la suite

L’école, entre le dire et le faire …

Ecouter le prologue ici : l’école entre le dire et le faire … ♪

13 JUIN 2014

      En 1985, Jean-Pierre CHEVENEMENT, alors Ministre de l’Education Nationale lançait, grâce à la création des bacs professionnels, le projet de conduire 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Trente ans après, nous y sommes ou presque: 73% des élèves l’ont décroché.. L’enseignement supérieur compte désormais 2,4 millions d’étudiants. Formidable mutation qui a permis à notre pays de gagner la bataille du nombre mais qui, dans le même temps, a perdu celle de la démocratisation d’accès à la réussite. Les enquêtes le démontrent; les résultats de l’école française sont médiocres comparés à ceux des pays similaires. Pire,c

      L’affaire des rythmes scolaires vient de le démontrer de manière flagrante. Monsieur le Ministre a raison de vouloir combler le gouffre entre l’incantation égalitaire des discours et la dure réalité du terrain. Comment ? C’est la question à laquelle il doit tenter de trouver des réponses. Ses prédécesseurs vantaient les mérites des 80% des jeunes au niveau bac. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Définir un projet éducatif, c’est repenser un projet de société. Vaste programme qui, malheureusement en France, est lié au calendrier électoral où tout nouveau venu s’interdit de lancer une réforme qu’il faut mettre inéluctablement en chantier, réforme qui sera, par la suite, détricotée par son successeur.

     Monsieur le Ministre croit aux valeurs sûres de l’Ecole républicaine, à son ambition anticipatrice et démocratique. Il est à craindre que, malheureusement, son courage et sa ténacité ne suffisent pas.

 

Quand les parents s’en mêlent !!!

VENDREDI 21 FÉVRIER 2014            à   ♫ écouter :  Quand les parents s’en mêlent

       La manifestation des parents lors du « jour de colère », leur décision de retirer leur enfant de l’école une journée par mois pour protester contre la supposée « théorie des genres » aura fait plier le gouvernement qui a reporté le projet de loi sur la famille. Et si  ce mouvement collectif n’était que la partie visible d’une crise beaucoup plus grave ? Une défiance envers l’école qui frappe  celles et ceux  qui en ont justement le plus besoin !

     En effet, ce sont les parents des couches populaires qui ont repris leurs enfants  en s’en prenant directement au mythe républicain. Ils ont le sentiment diffus que le système éducatif s’est éloigné d’eux et même qu’il fonctionne contre eux.

   L’école ne prend pas suffisamment en compte les attentes des familles populaires qui, en retour, ne valident plus le modèle scolaire. Elles ont l’impression confuse que l’école veut les rééduquer, leur bourrer le crâne, les endoctriner. Pourtant, elles ne sont pas opposées à l’éducation mais c’est son fonctionnement qui les perturbe.

    Une des solutions consiste justement  à faire participer les parents à la gestion de « leur école » , à les impliquer davantage. Ce qui pose la délicate question de leur légitimité et de leur propre rapport au savoir. Equilibre difficile à trouver pour un système qui s’est justement construit contre les parents.

La société, les familles et l’école …

Voici  le prologue de l’émission radiophonique « PAROLES  » animée par Patrick FIGEAC, sur Radio4, le mercredi matin …

                         écouter  :  ♫ La socièté, les familles et l’école.

         Lire le blog        La société, les familles et l’école.

     L’école n’est pas la seule responsable des mauvais résultats obtenus dans l’enquête PISA 2012. Entre 2003 et 2013, la société s’est elle aussi profondément divisée. Les inégalités entre les familles, devant le logement par exemple, se sont davantage creusées. Nous savons aujourd’hui que les 20% des enfants qui grandissent dans des habitats insalubres ou surpeuplés ne sont pas dans des conditions optimales pour réussir leur scolarité

      Ce qui se passe dans l’école reflète avant tout ce qui se passe à l’intérieur de la sphère privée. En effet, les inégalités sociales émergent d’abord dans le contexte familial. Avec la crise, de nombreux parents en situation de précarité ne sont pas en mesure d’aider leurs enfants. L’école continue pourtant à fonctionner comme si ces différences n’existaient pas. Elle ne tient pas suffisamment compte des écarts majeurs de capital culturel transmis par les familles, de leurs ressources inégales pour accompagner la scolarité des élèves. Le système éducatif fonctionne de manière trés fermée, favorisant celles et ceux qui en connaissent les clés. De nombreux parents se désinvestissent, particulièrement dans les milieux modestes, à la fois parce qu’ils ne se sentent plus légitimes mais aussi parce qu’ils n’ont aucune idée de l’importance considérable que peut revêtir le simple fait d’échanger avec leurs enfants sur ce qui se passe à l’école ! …

     Tant que nous appliquerons un modèle homogène à un système qui ne cesse de se différencier, nous favoriserons les « nantis », les « héritiers ». Nous devons donner une vraie priorité financière aux établissements les plus en difficultés avec un accompagnement pédagogique spécifique. Les directeurs, principaux, proviseurs ont, dans ce cadre, un rôle déterminant à jouer comme levier de mobilisation et d’entraînement. En sachant les nommer au bon moment et au bon endroit, il est possible de réduire les inégalités. Encore faut-il que la société se mobilise.     Malheureusement, la question centrale posée par PISA est devenue inaudible. Les acteurs qui oeuvrent au quotidien sont déjà invisibles dans les médias. Ils seront bientôt effacés de nos mémoires. « Indignez-vous » , disait Stéphane HESSEL. C’est le moment de nous faire entendre !

A quoi sert le bac ?

     A quoi sert le bac ??

En 1950, 5% d’une classe d’âge décrochait le précieux diplôme qui ouvrait les portes de l’administration et des études supérieures. Aujourd’hui, ils sont 70% à passer l’examen. Sans garantie.

      Le bac n’est plus le sésame qui permet de décrocher un emploi. Selon l’INSEE, plus de 18% des jeunes bacheliers sortis depuis un à quatre ans de la formation initiale sont au chômage. Au fil du temps, le baccalauréat est devenu simplement une opportunité qui ouvre les portes des grandes écoles où les chances de réussite sont minimes, de l’université au sein de laquelle un tiers des étudiants échouent dés la première année. En réalité, le bac n’est réussi que par 70% des élèves, ce qui signifie qu’un tiers des jeunes Français quittent l’école sans le diplôme dont une grande partie est issue des classes populaires. Mais, il y a plus grave. La discrimination dans le cadre du bac général est encore plus sévère. 70% des lycéens dont les parents sont cadres ou enseignants l’obtiennent contre moins de 20% pour les enfants d’ouvriers ou d’inactifs. c

Faut-il alors le repenser, le rendre plus intéressant, un peu moins intellectuel? Quelle serait alors sa finalité? Fournir un socle de connaissances basiques à l’ensemble des jeunes lycéens? Mais que deviendraient alors les séries scientifique, littéraire, économique , les bacs professionnels et technologiques?

Les bacheliers sont loin d’être épargnés par le chômage qui ne cesse d’augmenter en particulier chez les jeunes. Ces questions doivent être posées. Une reflexion de fond sur le rôle et la place du bac ne peut plus être éludée. Qui osera lancer le débat  ?

le biillet d’humeur de Patrick FIGEAC peut aussi s’écouter ici :    le bac en 2013  ??